Limites techniques de l'appareillage auditif.

Il n’est pas rare d’avoir, dans son entourage, une personne mécontente de son appareillage auditif, qui ne le porte pas et qui s’exclame souvent qu’au prix auquel elle l’a payé, elle ne comprend pas que « cela ne fonctionne pas ». Car oui, bien sûr, la variable prix est importante : en marketing, on parle de « prix psychologique », c’est-à-dire le prix qu’une personne est prête à payer pour résoudre un problème qu’elle rencontre : plus le prix est cher, plus on attend du problème qu’il soit complètement réglé. À tort, c’est aussi pour certains gage de qualité : « puisque le prix est haut, alors je devrais retrouver l’audition de mes 20 ans ». Dans les faits, cela n’arrive jamais.

Nous avions déjà évoqué la complexité comme la fragilité du système auditif et nous avions rappelé que, lorsque ce dernier est abîmé il ne se régénère pas : c’est pourquoi, quel que soit le prix d’un appareillage, l’utilisateur fait l’acquisition d’un amplificateur de sons imparfait, qui ne restaure pas l’audition perdue mais qui vient, plus simplement et logiquement, amplifier sélectivement les sons sur les fréquences auditives lésées avec le temps (cas de la presbyacousie). C’est donc bien un temps d’adaptation (doublé d’une compréhension de cette réalité) qui est nécessaire à l’individu, période qui peut être bien acceptée par certains et moins par d’autres, avec une notion de déni psychologique propre à chacun sur l’état de son trouble auditif et, bien sûr, un effet « wall floor », qui consiste – littéralement – à tomber de haut au regard du prix payé et des capacités de l’appareil auditif « sur-mesure ». Tout cela est bien compréhensible. Nous n’évoquons même pas les musiciens, les puristes du son, les accordeurs d’instruments qui, tout au long de leur vie, ont recherché un son parfait et qui, à l’arrivée de la presbyacousie, sont encore plus déboussolés que les autres lorsqu’ils découvrent le potentiel limité d’un appareil hors de prix.

Pourtant, quel que soit son prix, n’oublions pas que l’appareillage auditif est la seule solution restante pour retrouver un confort auditif et qu’il a pour but d’améliorer les possibilités de communication du malentendant dans les meilleures conditions possibles. C’est pourquoi nous tâchons d’apporter ici quelques éléments techniques qui, nous l’espérons, aiderons les personnes concernées à faire preuve d’un peu plus de tolérance au regard de leurs appareils auditifs et, pourquoi pas, à les (re) sortir du tiroir pour tenter d’y trouver satisfaction.

Les complexités inhérentes à la chaine de communication

La chaine de communication classique (avec un appareil auditif dans ce cas), se compose : de l’émetteur >> du canal de transmission >> du récepteur.

L’émetteur

C’est la parole, ce qui nous entoure, les sons de la vie mais également les bruits, qu’ils nous soient agréables (bruit de l’eau qui coule ou celui des vagues par exemple) ou non (cris soudains d’un enfant). Notons qu’un appareil auditif ne distingue pas ce qui est agréable ou non (cette nuance est, d’ailleurs, propre à chacun) : l’appareil se contente d’amplifier les fréquences lésées et les cris de cet enfant, aigus, se trouvent précisément sur les fréquences amplifiées par l’appareil. Autre exemple : vous êtes professeur dans une classe si bruyante que vous n’entendez plus vos élèves (brouhaha constant). L’appareil auditif ne résoudra pas le problème de discipline de votre classe, il l’amplifiera, puisque son rôle – précisons-le encore – est d’amplifier les voix, pour vous permettre de mieux les comprendre. Il y a donc fort à parier que tant que vous n’aurez pas ramené un peu de calme dans votre classe, votre appareil auditif vous desserve plus qu’autre chose.

Le problème de compréhension de la parole dans un environnement bruyant est un des problèmes majeurs chez les sujets atteints de surdité. Depuis des années, la recherche d’algorithmes de réduction du bruit est au centre des travaux réalisés sur le plan théorique et expérimental, par des professionnels de cette discipline mais également des spécialistes de la phonation et de la psychoacoustique. Il existe, dans certains cas, des algorithmes spécifiques de réduction du bruit gênant de la parole, mais ils se heurtent à des difficultés et une complexité croissante suivant que le bruit est un son pur, un bruit blanc à bande étroite, un bruit blanc à bande large, un bruit de cocktail ou un autre signal vocal. Aucune technique universelle de réduction du bruit n’existe à ce jour. Un bruit de « cocktail party » modifie de façon importante la courbe d’audiométrie vocale. Comparer l’efficacité d’un appareil auditif unilatéral (sur une seule oreille) ou bilatéral (sur les deux oreilles) sur ces courbes d’audiométrie fait comprendre tout l’intérêt de cette méthode, qui permet au sujet d’utiliser au mieux ses propres systèmes centraux de réduction du bruit !

Le canal de transmission

C’est :

  • L’onde sonore, qui peut être perturbée par le bruit ambiant,
  • L’appareil auditif avec ses défauts (bande passante, distorsions, résonance),
  • L’adaptation (pour l’appareillage dit traditionnel, réalisé par un audioprothésiste, le préréglé s’affranchit, lui, de cette étape, comme nous l’avions évoqué précédemment.

Schématiquement, un appareil auditif est une chaine électroacoustique complète, composée au minimum d’un microphone, d’un amplificateur, d’un écouteur.

Le microphone transforme les ondes de pression sonore en tension électrique. Il peut être omnidirectionnel (efficacité identique quelque que soit la direction de l’onde sonore) ou directionnel (efficacité maximale pour les ondes arrivant face au microphone), ce qui permet de réduire les bruits latéraux et arrières par rapport à l’onde qui arrive face à l’auditeur. Il doit avoir une bande passante identique dans une grande gamme de fréquences (100Hz à 8000Hz).

L’amplificateur, quant à lui, a pour rôle de multiplier la faible tension alternative que le microphone délivre. Il est défini par son gain, réglable par un potentiomètre. La bande passante peut être modifiée par des correcteurs de tonalité (grave, medium, aiguë). Afin d’éviter que les niveaux sonores amplifiés ne soient traumatisants pour l’oreille, on utilise un dispositif limiteur du niveau de sortie.

Le signal de sortie de l’amplificateur arrive à l’écouteur, qui est également un transducteur : il transforme le signal electrique en signal acoustique. C’est ici que se crée les distorsions harmoniques.

Le récepteur

C’est la personne malentendante, dont la gêne auditive a conduit à l’appareillage auditif. Elle peut être concernée par une pathologie handicapante (excellente prise en charge, pratique la Langue des Signes) ou par une simple gêne auditive liée à l’âge (faible prise en charge, avec un rejet massif de l’appareillage auditif).

Dans cette chaine de communication, plusieurs perturbations interviennent :

  • Les perturbations propres au milieu,
  • Les perturbations électroacoustiques,
  • Les perturbations audiologiques.

Appareil auditif : limitations techniques des dispositifs.

Les perturbations propres au milieu où se trouve la personne appareillée

Hormis le cas de la chambre anéchoïque (chambre sourde) où seule l’onde sonore directe isolée de tout perturbateur arrive au microphone de la prothèse auditive, l’acoustique du local, du lieu où se trouve la personne appareillée, joue un rôle important.

Dans une pièce peu meublée, ou de grandes dimensions, si le locuteur est éloigné du malentendant, ce dernier va d’abord percevoir l’onde directe puis une ou plusieurs ondes indirectes, réfléchies sur les parois de la salle. Dès que le retard atteint 1/20ème de seconde, si cette onde réfléchie est importante, il y a une perte d’intelligibilité significative voire une gêne. Le problème est encore plus ardu si des bruits parasites s’ajoutent aux ondes réfléchies. Les porteurs d’appareils auditifs en sont bien conscients : combien – pour prendre un exemple très parlant– éteignent leurs appareils lorsqu’ils rentrent dans un salon professionnel qui se tient dans un lieu immense, comme celui du salon des Seniors à la Porte de Versailles ? Tous !

Les perturbations électroacoustiques

Nous venons de voir que l’écouteur pouvait apporter des distorsions harmoniques avec des pics de résonance. Si ce pic correspond à un des formats de la parole, il va se produire une altération du timbre. On constate également des effets de traînage dus à la résonance de l’écouteur sur certaines fréquences.

Les perturbations audiologiques

Le malentendant a une modification du seuil d’audition auquel s’ajoute fréquemment une diminution de la sélectivité fréquentielle et de la sélectivité temporelle. C’est à dire qu’il a des difficultés à séparer deux fréquences voisines émises simultanément et à distinguer deux événements acoustiques proches dans le temps. Lorsque ces deux défauts sont simultanés, l’oreille ne peut plus discerner temps et fréquence, elle est « saturée ».

Pour éviter que cela ne survienne, il semble intéressant de supprimer du signal acoustique amplifié toutes les composantes inutiles à la compréhension. Pour rappel, un signal sonore est caractérisé par :

  • Sa composition spectrale (fréquence, timbre),
  • Sa composition temporelle (séparation dans le temps),
  • Sa distribution spatiale (origine du signal).

Si le signal sonore utile et le bruit perturbateur ont exactement ces 3 mêmes caractéristiques, il est impossible de les séparer.

Le phénomène de la distorsion temporelle : quand l’oreille n’arrive plus à suivre.

La langue est faite d’une série complexe de sons et de bruits, de structure spectrale changeante. Des voyelles suivent des consonnes, des sons faibles suivent des sons forts, des sons à fréquence aigüe suivent des sons à fréquence grave. Il est facile, pour une oreille saine, d’effectuer toutes les différenciations et adaptations nécessaires. L’audition est assez sensible pour saisir toutes les fréquences et il suffit de fractions de seconde pour récupérer des sons forts et redevenir ensuite sensible aux sons faibles.

Les conséquences d’une distorsion temporelle

Si l’oreille a besoin de trop de temps pour récupérer après les sons forts dans le débit des paroles, les sons faibles qui suivent seront à peine, ou plus du tout, perçus. Il s’ensuit des « trous » dans la perception de la parole. La compréhension est très perturbée, ce que l’on peut comparer avec les difficultés qu’a un auditeur normal lorsqu’un locuteur parle très vite dans une salle résonnante : les sons faibles sont couverts, les forts se chevauchent.

Les voyelles sont longues et fortes et leur perception est relativement facile. Par contre, il est plus difficile à l’oreille de différencier les consonnes car elles sont plus faibles et souvent de fréquences hautes. Elles se trouvent donc dans la gamme où les pertes auditives sont les plus fréquentes (presbyacousie).

Un malentendant sur cinq est concerné

Chez beaucoup de sujets atteints de déficience auditive, ce n’est pas seulement la capacité de distinction des fréquences qui est perturbée, mais aussi celle des séries temporelles. Ces sujets sont considérablement désavantagés : non seulement ils entendent mal et sont particulièrement sensibles aux échos, mais l’appareillage auditif est très compliqué. En effet, les appareils auditifs sont conçus de telle sorte que toutes les composantes de la langue sont amplifiées de la même manière, sans tenir compte de la distorsion temporelle.

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