quelles différentes entre prothèse auditive sur-mesure et prothèse auditive préréglée ? analysons les composants qui les composent !
Composition d’un appareil auditif
4.8 (96.03%) 242 vote[s]

Cet article s’inscrit dans la suite de celui que nous avions publié précédemment, qui analysait les différences et les points communs entre les appareils auditifs pré-réglés et les  appareils auditifs sur-mesure (l’article est disponible ici). Nous allons maintenant entrer un peu plus finement dans l’analyse, en abordant les composants électroniques qui composent ces 2 types de prothèses auditives, avec le souci de montrer que ces dernières sont fabriquées avec les mêmes composants et sont de qualité comparable. En effet, qu’il soit sur-mesure ou pré-réglé, contour d’oreille ou intra-auriculaire, votre appareil auditif intègre des composants similaires. Quels sont-ils ? Comment fonctionne un appareil auditif ? Décodons cela ensemble.

La composition d’une aide auditive

Un appareil auditif est une chaine électroacoustique miniaturisée, comprenant au minimum :

  • Un microphone,
  • Un amplificateur,
  • Un écouteur ou vibrateur.

 

• Le microphone

Il s’agit d’un transducteur électroacoustique, permettant de capter le signal acoustique et de le transformer en signal électrique. Selon leur conception, il existe des micros :

  • Omnidirectionnels : efficacité identique dans toutes les directions de l’espace ;
  • Directionnels : efficacité maximale pour une direction déterminée par la courbe polaire du microphone ;
  • Directionnels actifs : focalisent les sons situés devant quand les sons arrières sont défavorisés. Ainsi, les bruits ambiants, omniprésents, sont atténués, alors que la voix de l’interlocuteur, se trouvant généralement en vis-à-vis, est mieux captée. Ce genre de microphones prend tout son sens dans le cas d’appareil auditif contour d’oreille, comme nous l’avions déjà évoqué. En effet, le micro de l’appareil étant alors situé derrière le pavillon de l’oreille, il capte naturellement mieux les sons situés derrière l’utilisateur, au détriment des sons qui arrivent devant (l’interlocuteur, pendant une conversation). Le micro directionnel actif a un coût, bien sûr. Il a été mis au point pour les appareils auditifs de type contour d’oreille. En effet, dans le cas d’un appareil auditif intra-auriculaire, le micro directionnel actif est d’une performance inégalé et d’un rapport qualité / prix sans concurrence possible : c’est le pavillon de l’oreille !

audioprothésiste : vers la mort d'un métier ?

« Tous les appareils auditifs d’aujourd’hui, quelque soit leur marque, sont équipés avec un même type de micro : les micros miniatures électret, développés au départ pour l’espionnage américain ; ils sont, en quelque sorte, une retombée civile des recherches militaires. Tous les appareils auditifs sont équipés de ce même micro qui, placé à 1 ou 2 mètres de la personne qui parle, a une bonne efficacité malgré sa petite taille. Ces micros, souvent équipés de 2 entrées décalées dans l’espace, permettent de créer un effet directionnel. Dans ce cas, les sons graves sont encore davantage filtrés (c’est à dire diminués) tandis que l’effet directionnel est sensible et observé sur une certaine plage de fréquences. On a vu, avec Phonak, le double microphone qui permet d’obtenir l’effet directionnel électroniquement (en soustrayant partiellement le signal du micro arrière au signal du micro avant). Des problèmes peuvent apparaître si les 2 micros, identiques au départ, vieillissent différemment[1] »

• La bobine d’induction

Le microphone peut être remplacé par l’utilisateur par une bobine magnétique, qui capte directement par induction, différentes sources sonores reliés à une boucle magnétique (TV, salle de spectacle, cinémas, églises, classes).

• L’écouteur

C’est un transducteur électromagnétique qui transforme le signal électrique, modifié par l’amplificateur, en signal acoustique.

« Là aussi, il n’y a qu’un seul type d’écouteur quelque soit la prothèse ou la marque. L’écouteur de la prothèse est tout petit et a de fortes distorsions, notamment dans les graves (si bien que tout essai de transposition des aigus vers les graves est très certainement voués à l’échec dans un contour d’oreille actuel). Certains utilisateurs retrouvent un meilleur confort en retirant leur appareil et en écoutant directement l’oreillette du kit mains libres de leur mobile ou encore le casque infrarouge de leur télévision. C’est l’un des maillons faibles de la prothèse auditive, une oreillette de « walkman » grand public offre un bien meilleur rendu sur toutes les fréquences (bien sûr, la taille n’est pas la même)[2] »

• Le vibrateur

C’est un transducteur électromécanique, de conception proche de celle de l’écouteur, qui permet de transformer le signal électrique en vibration mécanique. Il est appliqué sur la mastoïde.

• L’amplificateur (analogique) ou microprocesseur (numérique)

L’amplificateur ou le microprocesseur transforme le signal délivré par le microphone et l’adapte, en intensité et en fréquence, en fonction de la perte auditive à corriger.

prévention et risques auditifs : nouveau décret français

« L’amplificateur est le cœur de nos contours d’oreille. C’est sur lui qu’ont porté le progrès des dernières années. Par souci de clarté, nous distinguerons le pré ampli et l’ampli de puissance (même si les 2 sont étroitement mêlés). Dans les années 70-80, seuls existaient les appareils analogiques à trimmers, c’est à dire de petites vis qui permettaient quelques réglages, typiquement le gain global, le réglage des aigus, des médiums et des basses ainsi que le réglage de la compression. Ces trimmers sont, en fait, des résistances réglables qui permettent d’ajuster le gain de certains filtres-ampli, réalisant ainsi les ajustements souhaités. Pour caractériser un appareil, on a l’habitude de montrer sa réponse en gain (dB) en fonction de la fréquence. Il s’agit d’une caractérisation de l’appareil qui peut se pratiquer chez l’audioprothésiste, à l’aide d’un appareil appelé chaine de mesure ; cela permet d’apprécier les différences entre les générations d’appareils. On peut regretter que les appareils modernes valorisent peu les aigus, qui aident à distinguer les consonnes. Il ne faut jamais oublier que l’appareil numérique d’aujourd’hui ne diffère de son cousin analogique que par le pré-ampli ; à la place on trouve un convertisseur A/D (Analogique / Digital), un processeur et un convertisseur D/A. Dans un appareil numérique, il y a toujours un micro, un ampli analogique et un écouteur, ses performances essentielles sont donc très proches d’un appareil analogique. Vous avez vu les jeunes avec leurs compilations MP3 sur ordinateur, il leur faut un bon vieil ampli de chaine Hi-Fi pour écouter la musique sur des baffles. Cependant, alors que sur une chaine Hi-Fi on impose que les pics et les creux soient dans une fourchette de plus ou moins 0,5dB, on atteint fréquemment sur nos appareils auditifs plus ou moins 6dB. C’est un défaut qui reste encore à corriger[3] »

• Le potentiomètre :

Molette permettant le réglage manuel du volume de gain de l’aide auditive. Beaucoup d’appareils numériques en sont dépourvus.

• Le commutateur :

C’est un dispositif manuel permettant la mise en marche ou la mise à l’arrêt de l’aide auditive. Sur les intra auriculaires, le potentiomètre et le commutateur, quand ils existent, sont souvent réunis.

comment choisir sa prothèse auditive pour être certain de la porter ? Problèmes auditifs, réponses à vos questions.• Les embouts :

Éléments en silicone qui se glisse dans le conduit auditif et vise à maintenir l’appareil auditif dans l’oreille.

• Le trou d’évent :

C’est un canal percé au travers de l’embout auriculaire, ayant pour effets :

  • D’aérer le conduit auditif,
  • De transmettre les sons,
  • De limiter la résonnance (autophonation),
  • De diminuer les basses fréquences.

Qu’est-ce qui est vraiment « sur-mesure » dans un appareillage auditif ?

• Appareil auditif contour d’oreille

Il représente 80% des ventes actuelles de prothèses auditives, quelque que soit le degré de perte auditive de l’individu et sa préférence pour de l’invisible. Pourtant, nous l’évoquions précédemment, le contour d’oreille est une nécessité absolue pour les handicaps profonds (4% à 6% de la population de malentendants), mais nullement pour les pertes auditives légères à modérées (plus de 80% des pertes auditives actuelles).

L’appareil auditif contour d’oreille est standard, ce qui signifie que :

  • C’est le même pour tout le monde,
  • C’est le même pour les 2 oreilles.

Cette standardisation comme son important volume de vente permettent aux fabricants de baisser le coût unitaire de production et à ces derniers comme aux revendeurs de mieux s’y retrouver en terme de marge commerciale. Ainsi, en dehors des cas de handicaps auditifs sévères, pour lesquels l’utilisateur n’a pas le choix et devra porter un contour d’oreille, le choix arbitré par l’audioprothésiste pour appareiller tout autre type de surdité (et particulièrement les simples gênes), ne porte que sur des considérations économiques et non sur le bien-être du patient.

Dans le cas des conduits auditifs particulièrement grands, seul l’embout est fait sur-mesure. Par une prise d’empreinte du conduit auditif, l’audioprothésiste va réaliser un embout qui se glissera dans le conduit et permettra l’occlusion de ce dernier.

  • Pour les appareils auditifs vendus chez un audioprothésiste, le réglage de l’appareil est réalisé sur la courbe audiométrique du patient. Le nombre de canaux de fréquences laissés libres à l’audioprothésiste pour cet ajustement, est variable. En effet, le processeur – similaire sur toutes les prothèses auditives – est bridé par les fabricants, réduisant ainsi le nombre de canaux de fréquences de la prothèse auditive ainsi que les canaux de fréquences ajustables par l’audioprothésiste. Quel est le but ? Permettre aux audioprothésistes de proposer un appareil similaire, à différents prix : 4 canaux de fréquences, 6 canaux, 9 canaux, 12 canaux, etc. Plus un appareil auditif dispose de canaux de fréquences, plus il coûte cher et plus le risque d’erreur de l’audioprothésiste est grand (et donc le ressenti utilisateur mauvais, en rapport qualité / prix). 
  • Dans le cas des appareils auditifs préréglés, le réglage est fait, en amont, sur les courbes presbyacousiques typiques et sur 12 canaux de fréquences (pour de bons appareils auditifs, disposant de la norme CE).

toutes les prothèses auditives préréglées se valent-elles ?

• Appareil auditif intra-auriculaire

C’est l’appareil auditif préféré des utilisateurs, tant en termes d’esthétisme que de ressenti, car le positionnement intra canal de l’appareil auditif lui permet d’utiliser l’oreille humaine. Il ne représente pourtant qu’une minorité des ventes actuelles, pour des raisons de rentabilité économique.

audioprothèse intra conduit et contour d'oreille, sur-mesure et préréglée : comment choisir ?

L’appareil intra-auriculaire vendu chez un audioprothésiste :

  • Doit être fait sur-mesure au conduit auditif du patient : coût, main d’œuvre, risque d’erreur, impossibilité de changer l’appareil au terme des 30 jours d’essai gratuit : le revendeur lui préfère donc le contour d’oreille ;
  • Le moulage de l’appareil auditif au conduit peut entrainer des problèmes d’articulé temporo-mandibulaire qui nécessitent de refaire l’appareil ou…de fraiser le conduit !
  • Oreille droite et oreille gauche sont distinctes.

Cet ajustement fait pourtant, initialement, partie du savoir-faire d’un audioprothésiste. Pour palier ces problèmes de rentabilité et satisfaire certains utilisateurs, Siemens a repris l’idée utilisée par les appareils auditifs intra auriculaires préréglés : des embouts en silicone, de différentes tailles, permettent une adaptation immédiate de l’appareil au conduit auditif, sans sur-mesure.

aide auditive intra auriculaire de Siemens : le système des assistants d'écoute, en plus cher !Concernant le réglage, ils sont similaires au contour d’oreille, pour du sur-mesure comme pour le préréglé :

  • Réalisé sur la courbe audiométrique du patient, pour les appareils vendus chez un audioprothésiste,
  • Préréglé en amont, sur des courbes presbyacousiques typiques, pour les appareils en vente libre disposant de la norme CE.

 

En conclusion

L’appareillage auditif d’aujourd’hui, qu’il soit sur-mesure ou préréglé, contour d’oreille ou intra-auriculaire, intègre les mêmes composants électroniques.

Chez un audioprothésiste, le malentendant se verra prioritairement proposé un contour d’oreille, qui ne requiert aucun sur-mesure morphologique (sauf cas de conduits auditifs très grands ou atypiques). La prise d’empreinte du conduit auditif faisait initialement partie du savoir-faire d’un audioprothésiste, mais le souci de rentabilité économique a entrainé le développement de solutions alternatives :

  • Prépondérance des ventes de contours d’oreille (80% des ventes actuelles),
  • Développement d’appareil intra auriculaire avec adaptation immédiate (jeu d’embouts en silicone).

Ainsi, le sur-mesure portera uniquement sur le réglage même de l’appareil, ajusté sur la courbe audiométrique du patient. Pour un processeur similaire, bridé, les prix passeront de 900€ à plus de 1 500€ sans changer les caractéristiques techniques de l’appareil auditif. Dans le même temps, aucun audioprothésiste ne communique sur le nombre de canaux de fréquences qu’il peut ajuster, se contentant d’affirmer que « plus il y a de canaux de fréquences, meilleur sera le ressenti l’utilisateur »

Les offres préréglées, exclusivement destinées aux personnes presbyacousiques, intègrent des composants similaires à ceux des plus grandes marques de sur-mesure.

 

 

Sources :

[1] Jacques Schlosser, Octobre 2003, « Résonnances »

[2] Jacques Schlosser, Octobre 2003, « Résonnances »

[3] Jacques Schlosser, Octobre 2003, « Résonnances »

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez aussi

Un essai clinique américain vante les bienfaits des appareils auditifs préréglés

Un essai clinique américain vante les bienfaits des appareils auditifs préréglés4.9 (98.77…