marché européen de la prothèse auditive et non appareillage des seniors

Nous avions déjà évoqué le marché de l’audition en France, en Belgique et aux États-Unis. La situation est similaire un peu partout dans le monde : d’un côté, le monopole des audioprothésistes leur permettant de pratiquer des prix hauts et, de l’autre côté, le non appareillage des personnes presbyacousiques, refusant de dépenser une fortune dans un appareillage auditif pour des raisons multiples mais unanimes :

  • Déni d’entendre moins bien (souvent expliqué par le fait que la presbyacousie est progressive) ;
  • Simple gêne auditive et non handicap auditif ;
  • Complexité du parcours de soins ou du dispositif auditif, qu’il faut venir « ajuster » tous les ans ;
  • Refus d’un dispositif auditif visible (80% des ventes d’appareils auditifs sont des contours d’oreille) ;
  • Peur d’être assimilé à « un vieux » en portant un appareillage auditif ;
  • Coût exorbitant pour un simple inconfort ponctuel.

Bien évidemment, ces raisons, tout le monde les connaît. Elles ont été pointées du doigt par de nombreuses études (dont, en France, celle de l’UFC Que Choisir en 2015), les audioprothésistes en ont connaissance et les institutions également. L’absence d’action visant à modifier structurellement l’offre et le marché, de la part des institutions, témoigne du peu de cas qui est fait de la santé des gens en comparaison à l’argent que ce marché rapporte. Cette situation est similaire dans de nombreux pays européens.

le seul essai clinique réalisé à ce jour qui compare objectivement les appareils auditifs vendus avec service de suivi et ceux vendus sans service de suivi

Trouble auditif et taux d’appareillage en Europe

Les personnes concernées par un trouble auditif représente 12% de la population européenne, dont :

  • 12% en Italie, Espagne et Allemagne,
  • 14% en Suède,
  • 15% au Royaume-Uni.

Le taux de personnes appareillées varie considérablement, d’un pays à l’autre :

  • 50% en Allemagne et en Suède,
  • 40% au Royaume-Uni,
  • 25% en France,
  • 20% en Italie,
  • 15% en Espagne.

En Suède et au Royaume-Uni, les appareils auditifs sont fournis sans reste à charge par les centres d’audition, ce qui explique le taux d’appareillage important de ces pays. Pour autant, le taux n’est pas de 100%, témoignant s’il le fallait, que d’autres facteurs, indépendant de la prise en charge ou du coût, entrent en compte dans la décision de l’utilisateur.

France, Italie, Espagne : le faible niveau de prise en charge pourrait expliquer un taux d’équipement plus faible. Ce sont également des pays où l’esthétique prévaut et dans lesquels le contour d’oreille n’est pas apprécié.

Le marché de l'appareillage auditif, la presbyacousie et le non appareillage des européens

Le contour d’oreille : star des ventes d’appareils auditifs en Europe

Les appareils auditifs numériques sont aujourd’hui les seuls distribués sur l’ensemble des marchés européens. On note également la prévalence des ventes de contours d’oreille – malgré de nombreuses études soulignant que les utilisateurs préfèrent l’intra-auriculaire tant pour des raisons esthétiques que de restitution des sons (ce type d’appareil auditif utilisant l’oreille). Cette réalité interroge : les consommateurs bénéficient-ils de conseils et de produits réellement adaptés à leurs besoins et demandes ?

Il est également amusant de constater que, partout en Europe, la confusion est entretenue entre « appareil auditif entrée de gamme » et « appareil auditif haut de gamme » et que cette distinction est rapportée au nombre de canaux de fréquences d’un appareil auditif. En effet, comme il n’existe qu’une dizaine de fabricants d’appareils auditifs dans le monde et que la technologie est la même, ce qui justifie de telles différences de prix entre les appareils auditifs ne peut donc pas être ramené à la technologie et est donc ramené au nombre de canaux de fréquences. Nous avions déjà évoqué ce point, car il est fondé sur l’ignorance des gens (au besoin, consulter l’article précédent).

Pour pouvoir proposer des gammes de prix, les fabricants restreignent, sur un même appareil auditif, le nombre de canaux de fréquences. Ainsi, plus vous allez payer cher, plus le nombre de canaux de fréquences sera élevé alors même que ce qui fait la qualité d’un appareil auditif n’est pas le nombre de canaux de fréquences mais le processeur, réalisé en Chine (comme votre Iphone, votre machine à laver, votre télévision, vos vaccins, etc.). Dans cette logique, le rôle de l’audioprothésiste est alors d’expliquer que « 16 canaux c’est mieux que 12 ». À ce sujet, d’ailleurs, les audioprothésistes sont divisés. Certains, honnêtes, vous expliquerons que plus il y a de canaux de fréquences, plus le risque d’erreur dans le réglage est grand alors même que l’utilisateur ne verra pas la différence entre un appareil à 9 canaux et un appareil à 16 canaux ; et les autres qui, effrayés par les appareils auditifs préréglés expliqueront qu’il vous faut au moins 16 canaux de fréquences pour être bien. Si ce genre de mensonge tient la route, c’est aussi parce que le consommateur ne se donne pas les moyens de tester par lui-même : avec 30 jours d’essai « gratuit » chez les audioprothésistes et 20 jours de « satisfait ou remboursé » pour les appareils auditifs préréglés, le test objectif est vite réalisable !

En fait, la vraie distinction entre un appareil auditif hors de prix et un appareil auditif à moindre coût réside dans l’utilisation finale : une personne en situation de handicap auditif n’entendra pas mieux avec un appareil préréglé et aura besoin d’un nombre important de canaux avec un réglage sur-mesure (et également d’apprendre la Langue Des Signes) tandis qu’une personne presbyacousique sera vraiment bien avec un appareil préréglé de qualité, au juste prix !

En Italie, il existe un forfait de prise en charge des prothèses ayant une puissance de plus de 75dB (qui conviennent au handicap auditif) et un autre pour celles ayant une puissance de moins de 75dB (pour la presbyacousie). Les prothèses auditives ayant une puissance de moins de 75dB représente 75% des ventes de prothèses auditives en Italie. Cela témoigne qu’effectivement, les prothèses qui vont être qualifiées « d’entrée de gamme » par les audioprothésistes sont celles qui conviennent à la majorité des troubles auditifs actuels, c’est à dire aux troubles auditifs liés au vieillissement naturel de l’oreille : la presbyacousie. Pour ces gens là, l’appareillage auditif préréglé de qualité convient également et apporte une grande satisfaction (consulter l’étude comparative américaine ici). Il ne s’agit pas d’appareils auditifs bas de gamme, mais d’appareils auditifs vendus au juste prix et en accord avec les besoins réels de cette pathologie auditive ! Au Royaume-Uni et en Suède, les ventes de ces mêmes produits sont également majoritaires (plus de 44% des ventes totales).

L’étude Alcimed souligne que, dans les pays européens étudiés, même lorsque le système de prise en charge ne limite pas l’utilisateur dans le choix de sa prothèse auditive, la valeur ajoutée d’une prothèse « haut de gamme » ne justifie pas, à ses yeux, la différence de prix par rapport à une prothèse auditive « haut ou moyen de gamme ». 

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Marché et circuit de distribution

Les fabricants internationaux sont présents dans tous les pays européens.

Au Royaume-Uni et en Suède, les fabricants de prothèses auditives sont en contact avec les centres d’audition. Les contrats d’exclusivité sont signés entre les fabricants et les centres d’audition, suite aux appels d’offres du marché public.

En Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni les fabricants de prothèses auditives sont en contact avec les audioprothésistes (indépendants ou chaînes), distributeurs finaux des produits aux usagers. Les audioprothésistes sont liés aux fabricants par des contrats d’exclusivité ou par une prise de participation au capital, ce qui rappelle la situation française, avec les biais que cela représente. Ainsi, en Espagne et en Italie, certaines grandes chaînes d’audioprothésistes sont sous contrat d’exclusivité avec un seul fabricant et ne proposent donc en magasin qu’une seule marque de produits. Seule l’Allemagne se démarque : au moins 3 marques sont le plus souvent présentes en magasin (il n’est pas rare d’en trouver 7 ou 8), que l’audioprothésiste soit indépendant ou rattaché à une chaîne.

circuit de distribution des prothèses auditives en europe

Parcours de soins

La prescription est presque toujours réalisée par un ORL, qui ne connaît pas les produits et ne fait pas une prescription par marque, canaux de fréquences ou type d’appareil auditif. Il n’y a qu’en Suède que la prescription est réalisée par un audioprothésiste.

Dans tous les pays, le choix définitif du produit est fait par l’audioprothésiste, distributeur exclusif des prothèses auditives, même si des biais peuvent exister. Les audioprothésistes sont également responsables du réglage de l’appareil auditif. Au Royaume-Uni, près de 45% des usagers profitant d’une aide auditive du NHS ne la portent pas, du fait qu’elle soit mal réglée à leur type de surdité.

Les audioprothésistes sont considérés comme des professionnels de santé en Espagne, en Suède et au Royaume-Uni. En Allemagne et en Italie, ils sont considérés comme des techniciens.

Prise en charge

Les modes de prise en charge diffèrent selon les pays.

L’Espagne, l’Allemagne et l’Italie, offrent un forfait pour la prise en charge.

En Espagne, les moins de 16 ans paient leurs aides auditives puis sont remboursés par leur Communauté Autonome. Les audioprothèses sont entièrement à la charge des usagers de plus de 16 ans.

En Italie, le forfait est corrélé au niveau de perte auditive et donc à la catégorie de produit prescrite. L’usager ne paie et l’audioprothésiste se fait rembourser directement par l’Agence de Santé Locale. Il en est de même en Allemagne, où l’audioprothésiste se fait rembourser par la caisse d’assurance.

En Suède et au Royaume-Uni, les appareils auditifs sont prêtés par les centres d’audition. Le reste à charge est donc nul ou très faible.

L’accès à une prise en charge publique n’est pas conditionné par l’âge ou le type de handicap. Seule l’Espagne mise sur le dépistage précoce et a fait le choix de n’offrir un accès à une prise en charge publique que pour les moins de 16 ans. Les prix fixés par les audioprothésistes sont d’autant plus élevés que les montants des forfaits sont élevés.

Globalement, on note que les usagers sont plus satisfaits lorsqu’ils ont le choix du produit, ce qui est rendu possible par le système de forfait.

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Prix et service

Les prix des prothèses auditives sont compris entre 400€ et 3 900€ selon les pays et les gammes proposées.

Moyen de gamme : les aides auditives moyen de gamme sont commercialisées à des prix oscillant entre 1 000€ et 2 300€ selon les pays.

Haut de gamme : les aides auditives moyen de gamme sont commercialisées à des prix oscillant entre 2 500€ et 3 900€ selon les pays.

Différents prix des prothèses auditives en France et en europe

 

 

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