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Presbyacousie et handicap auditif : différences et points communs
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Presbyacousie et handicap auditif : les différences

  • Le degré de la perte auditive

On constate la prévalence du trouble presbyacousique dans la population de malentendants : plus de 5 millions de français sont concernés, sur 6 millions de malentendants. La presbyacousie est qualifiée de « légère » lorsqu’elle est inférieure à 20dB. À ce niveau, aucune indication d’appareillage auditif n’est posée. Le quart des moins de 30 ans est concerné. Lorsque cette perte atteint 30 décibels, l’ORL recommande le port d’une prothèse auditive. Une perte d’audition comprise entre 40 et 70 décibels est qualifiée de modérée : 65% des plus de 65 ans sont concernés. Ces niveaux de perte auditive sont appareillables.

On qualifie de handicap auditif toutes les pertes qui se situent au dessus de 70dB. Parmi elles, on distingue les pertes sévères et les pertes profondes. Les premières sont comprises entre 70dB et 90dB, elles sont majoritairement appareillables ; les secondes regroupent toutes les pertes supérieures à 90dB, elles ne sont pas appareillables et les sujets parlent la Langue des Signes Française (LSF).

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  • La courbe de perte auditive

La presbyacousie touche les fréquences aiguës, qui sont les fréquences conversationnelles. La courbe d’une perte d’audition presbyacousique est typique, c’est à dire qu’elle est plus ou moins similaire pour tout le monde. Cette typicité permet donc de prérégler les appareils auditifs destinés aux personnes presbyacousiques. La presbyacousie se majore avec l’âge, c’est pourquoi les appareils préréglés sur cette courbe dispose d’une molette de volume. La courbe de perte auditive presbyacousique est usuellement représentée ainsi :

Le handicap auditif est propre à chacun et les courbes sont très différentes, d’une personne à l’autre. Le niveau d’amplification nécessaire, ainsi que l’unicité des courbes de perte auditive rendent impossible l’utilisation d’un appareil auditif préréglé. L’appareillage du handicap auditif est le coeur de métier d’un audioprothésiste. Exemple d’une courbe de perte auditive atypique.

La perte audition et le handicap auditif

  • L’acceptation de la perte auditive

La presbyacousie apparaît vers la cinquantaine et traduit le vieillissement de l’oreille : elle est mal perçue par les personnes concernées. D’autre part, sa survenue étant progressive, il est difficile d’en prendre conscience, ce qui entraine un déni chez les sujets, plus enclins à faire porter la faute sur un environnement bruyant plutôt qu’une déficience de leur audition.

Le handicap auditif ne s’offre pas d’excuse : il doit être nécessairement accepté pour être solutionné et permettre au sujet d’avoir une vie normale.

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  • Le taux d’appareillage auditif et l’exposition aux risques du non appareillage

Il s’agit de chiffres bien connus : moins de 25% des presbyacousiques acceptent de s’appareiller. Lorsqu’ils le font, l’âge moyen est de 72 ans, soit 8 à 12 ans après l’apparition des premières gênes auditives et de la première consultation ORL. On considère que 10% à 15% des prothèses auditives vendues terminent dans un tiroir : c’est une donnée qui pourrait être affinée – car les prothèses actuelles intègrent un système permettant de savoir si elles sont portées ou non et c’est un chiffre qui mériterait d’être rappelé, pour en tirer des conclusions.

Concernant le handicap auditif : 90% des individus sont appareillés. À l’inverse de la presbyacousie, ils sont appareillés très tôt : dès que le handicap est connu.

On se retrouve dans une situation plutôt surprenante : alors que les personnes concernées par un handicap auditif vivent tout à fait normalement car elles ont accepté leur handicap et portent un appareillage adéquat, celles qui souffrent d’une simple gêne auditive s’exposent aux risques multiples du non appareillage : repli sur soi, perte de confiance, isolement progressif, risque de dépression, de retards cognitifs, de dépendance et de démence. Une perte auditive légère, modéré ou sévère est associée à un risque de déclin cognitif respectivement deux, trois et cinq fois plus grand que chez les personnes ne présentant aucun trouble auditif. La perte auditive est liée à une probabilité trois fois supérieure de présenter une démence et 3 personnes sur 4 présentant une démence ont également une baisse de l’audition. En France, les coûts induits du non appareillage représentent, chaque année, 2,1 milliards d’euros à la Sécurité sociale.

Dans le monde, 360 millions de personnes de plus de 65 ans sont concernées par une perte auditive et 47 millions de personnes souffrant de démence se situent dans la même tranche d’âge.

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  • La prise en charge de l’appareillage auditif

Elle est très différente entre handicap et gêne auditive.

Les personnes ayant une perte auditive comprise entre 20dB et 70dB (perte légère à modérée), qui souhaitent s’appareiller via un parcours de soin classique et une prothèse traditionnelle avec un service de suivi sur 4 ans paieront, en moyenne, 3 100€ à l’appareillage. Sur cette dépense, la Sécurité Sociale prendra en charge de 120€ à 180€ par appareil auditif. Si l’individu dispose d’une mutuelle, la prise en charge de cette dernière varie de 80€ à 350€. Le reste à charge reste donc conséquent (65% du prix payé).

Les personnes ayant une perte auditive comprise entre 70dB et 90dB (handicap auditif, surdité sévère) appareillable, bénéficie d’une prise en charge de 840€ par appareil auditif. Le remboursement de la mutuelle complète cette dépense et le reste à charge est minime (0€ à 20% de la dépense initiale).

  • Le choix de l’appareillage auditif

Une personne presbyacousique qui souhaite s’appareiller, a la possibilité de choisir entre différentes solutions auditives :

  • Appareil auditif préréglé ou non,
  • Appareil auditif contour d’oreille ou intra-auriculaire.

Plus d’informations à ce sujet :

Les personnes en situation de handicap auditif n’ont, elles pas le choix. L’appareillage auditif préréglé ne leur portera aucun confort d’écoute car, d’une part, son amplification (jusqu’à 35dB) n’est pas suffisante et, d’autre part, il est réglé sur une courbe de perte auditive typique (la presbyacousie) et non une courbe atypique qui nécessite une amplification personnalisée des fréquences lésées. Ces personnes sont dans l’obligation de suivre le parcours de soins traditionnel et, au terme de ce dernier, seront orientés sur un contour d’oreille voire un implant cochléaire, en fonction des besoins. Enfin, un suivi régulier est nécessaire afin d’affiner les réglages de l’appareil auditif et suivre l’adaptation du déficient auditif à sa prothèse.

  • Le taux d’abandon sur le parcours de soins

Voilà encore une différence majeure entre presbyacousie et handicap auditif, liée, sans doute, au fait que la première n’empêche pas de vivre normalement tandis que le second, si (pas d’abandon sur le parcours de soins). Ce fort taux d’abandon des personnes presbyacousiques, depuis la consultation médicale jusqu’à l’appareillage auditif, est également lié au fait que l’offre, au terme de ce parcours, est la même, pour les personnes presbyacousiques et pour les personnes concernées par un handicap auditif et c’est une offre pensée pour le handicap auditif : les presbyacousiques, dans leur grande majorité (3 sur 4), ont donc tendance à la rejeter.

On note ainsi que 35% des individus ayant consulté un ORL pour une gêne auditive abandonne le parcours de soins après cette consultation et ne se rendent jamais chez l’audioprothésiste ; 7% de celles qui se rendent chez l’audioprothésiste n’achètent pas l’appareillage auditif essayé pendant 30 jours ; enfin, lorsque la dépense est réalisée, 10% à 15% des prothèses finissent dans un tiroir.

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Presbyacousie et handicap auditif : les points communs

  • Le parcours de soins

Nous venons de voir précédemment que le parcours de soins pour l’obtention d’un appareillage vendu par un audioprothésiste, avec un service de suivi dans le temps, est le même, pour la presbyacousie et pour le handicap :

  • Consultation médicale. Indispensable pour le handicap, beaucoup moins pour la presbyacousie, comme déjà évoqué dans cet article. Pour la presbyacousie, la solution préréglée ne nécessite aucune consultation préalable (vente libre). Dans le cas d’une consultation, cette dernière pourra également être faite par un généraliste qui, si les symptômes sont atypiques, orientera le patient vers un ORL. La consultation médicale ne doit pas être réalisée par un audioprothésiste qui, légalement, n’en a pas le droit, étant un commerçant vendant des prothèses auditives.
  • Rendez-vous chez l’audioprothésiste, avec un essai gratuit de 30 jours avant l’achat,
  • Suivi pendant 4 ans. Indispensable pour l’éducation prothétique du déficient de l’ouïe appareillé (handicap) car il lui faut (ré)apprendre à entendre, ce suivi ne l’est pas pour le presbyacousique et complexifie considérablement la prise en main de l’appareil, particulièrement pour ceux qui n’en ont qu’un usage ponctuel.

Pourquoi les appareils auditifs préréglés ne sont-ils pas pris en charge par la sécurité sociale et les mutuelles ?

  • L’appareil auditif contour d’oreille

C’est le second point commun entre handicap et presbyacousie. Bien que ce type d’appareil auditif soit nécessaire pour le handicap, il ne l’est pas pour la presbyacousie et les personnes concernées, relativement jeunes, sont d’ailleurs plus demandeuses de l’appareil discret qu’est l’intra-canal. Pourtant, 80% des ventes de prothèses auditives à destination des presbyacousiques sont des contours d’oreille, nous en parlions dans cet article.

 

 

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