Pourquoi les seniors et les personnes âgées ayant une perte auditive presbyacousique ne sont pas satisfaites de leur appareillage auditif, contour d'oreille ou intra conduit ?

Il n’est pas rare d’entendre un proche râler concernant ses appareils auditifs. Soit sur l’appareil en lui-même – trop gros, trop lourd, trop complexe à régler, lorsque c’est un contour d’oreille il gêne avec des lunettes ou un masque, lorsqu’un c’est un intra-conduit il donne le sentiment d’avoir l’oreille bouchée – soit sur l’amplification de l’appareil – « trop métallique », « j’entends davantage les bruits que les voix », « j’entends le bruit du vent », « je n’entends pas la personne qui me parle », « tous ces bruits amplifiés, c’est insupportable », « j’entends ma voix », « j’entends une résonance continue », « j’entends le bruit du silence », « j’entends mes acouphènes » – et j’en passe.

L’audition est quelque chose de délicat et de nombreuses raisons peuvent expliquer cette insatisfaction : le déni, le prix, la méconnaissance des mécanismes auditifs, le type d’appareil auditif et bien d’autres. Nous tâchons ici de relativiser et d’expliquer pourquoi l’appareillage auditif entraine souvent une déception qui, formulée à voix haute et auprès de son entourage, n’incite pas les autres à s’appareiller ou infuse en eux la déception à venir avant même les premiers essais, ce qui est bien souvent regrettable.

perte auditive et presbyacousie : à quel âge dois-je envisager l'appareillage auditif ?

 

Comprendre les mécanismes auditifs : ce qui est perdu est perdu

Précédemment évoqué ici, le système auditif est un système fragile, d’une grande précision. Il transforme les ondes sonores (qui sont différentes pressions) en signaux mécaniques (les influx nerveux) que le système central traduit en sons intelligibles (mots). Schématiquement :

  • Les ondes sonores sont captées par le pavillon de l’oreille et guidées au tympan via le canal auditif[1];
  • Le tympan réagit aux différentes pressions dont il transmet les vibrations aux osselets ;
  • Ces vibrations sont ensuite transmises à la cochlée dont la base est recouverte de plus de 15 000 cellules nerveuses ciliées qui génèrent l’influx acheminé au cerveau.

 Les cellules ciliées, indispensables à l’audition, ne se régénèrent pas : lorsqu’elles sont détruites – avec l’âge ou par un traumatisme sonore ou pressionnel – elles ne repoussent pas et l’acuité auditive est réduite d’autant. Les avancées actuelles de la médecine et de la science ne permettent pas, non plus, la régénération de ces cellules. Ainsi devons nous accorder le plus grand soin aux 15 000 cellules ciliées avec lesquelles nous venons au monde, pour conserver une bonne capacité auditive le plus longtemps possible (tout savoir pour préserver votre audition). Lorsque l’acuité auditive est réduite, une seule solution est possible à ce jour, imparfaite et décriée : l’appareillage auditif. L’appareillage auditif, parce qu’il ne restaure pas l’audition de nos jeunes années, nécessite parfois un temps d’adaptation pour certains et reste difficile voire impossible pour d’autres : on considère que 10% à 15% des prothèses auditives vendues finissent dans un tiroir ! De nombreuses raisons peuvent expliquer cette difficulté voire ce rejet.

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Le déni psychologique de la perte auditive

L’une des raisons de la non acceptation de l’appareillage auditif est le déni. On le minimise parfois, alors que c’est un facteur très puissant de rejet pur et simple, exposant l’individu aux risques du non appareillage. Une personne qui n’accepte pas d’avoir perdu son acuité auditive n’accepte pas davantage l’appareillage auditif, même si celui-ci est invisible et performant.

Les hommes sont les grands champions du déni. Ils ont beau faire (très, trop ?) souvent répéter leur entourage (et pour cause, la presbyacousie touchant les fréquences aiguës – voix des femmes et des enfants – ils sont les premiers gênés), ils regorgent d’excuses similaires, d’une famille à l’autre, pour expliquer leur mauvaise audition : « ma femme me parle quand je regarde la télé ou quand elle cuisine », « les jeunes n’articulent plus », « ce n’est pas que je n’entends pas, mais je n’écoute pas », « le volume de la télé n’est pas assez fort », « il y avait trop de bruit dans la pièce », «  le sujet ne m’intéressait pas » avant de conclure par un constat sans appel « j’entends bien ». 42% des individus consultent un ORL sous la pression de leur entourage ! Il n’est pas interdit de penser que, dans l’inconscient collectif, l’homme étant censé être fort et protéger sa famille, la perte d’une capacité physique témoignant du vieillissement est mal perçue et mal acceptée par ces derniers.

seniors, personnes âgées et applications smartphones pour l'appareillage auditif de la presbyacousie, perte auditive liée à l'âge

On pourrait également avancer que le fait même de prendre de l’âge étant mal accepté dans nos sociétés modernes – où jeunesse, apparence et performance semblent prévaloir – le port d’un dispositif auditif visible (le contour d’oreille par exemple) témoignant de ce vieillissement serait mal vu. Pourtant, les femmes, plus sensibles à l’apparence que les hommes, n’ont pas cette attitude de déni : lorsqu’elles entendent moins bien, elles s’appareillent et règle le problème rapidement.

Soyez attentifs à cela et vous constaterez que bien souvent les personnes les plus mécontentes de leur appareillage auditif sont les hommes. Lorsque l’appareillage n’est pas voulu ou mal vécu, l’individu ne lui trouvera pas de points positifs. Parce que le déni joue un rôle non négligeable dans la non acceptation d’un appareillage auditif, il est fondamental que la perte auditive soit totalement dédramatisée – elle concerne tout le monde et 25% des moins de trente ans sont aujourd’hui concernés – et que le chemin vers l’appareillage auditif soit personnel.

Audioprothésistes : vers la mort d'un métier ?

Le prix, reflet d’une mauvaise information des consommateurs

Le prix, parce qu’il est une variable psychologique forte, est également un facteur qui joue dans l’acceptation de l’appareillage auditif. C’est assez éloquent sur le marché de la prothèse auditive, qui traverse aujourd’hui une évolution majeure avec une ouverture importante de l’offre (de 20€ à plus de 2 000€ par oreille).

  • Au prix fort, l’effet déceptif est important

Il y aura toujours des consommateurs pour penser que « plus c’est cher, plus c’est de la qualité ». Pourtant, sur le marché de la prothèse auditive, force est de constater que ce n’est pas le cas.

En effet, pendant des années, les audioprothésistes ont bénéficié d’une situation de monopole leur permettant de proposer une offre (produit, tarif, service de suivi) similaire aux personnes presbycousiques et aux personnes en situation de handicap auditif. Mais l’offre étant inadaptée aux personnes presbyacousiques – qui n’ont pas besoin d’un dispositif visible, d’un réglage sur-mesure et d’un suivi sur plusieurs années – il leur a fallu légitimer leur pratique de prix hauts par des astuces marketing dont la désinformation des individus a fait partie. Ainsi, aucun audioprothésiste n’a pris le temps d’expliquer à ses clients que qu’ils ne retrouveraient jamais l’audition de leurs 20 ans avec un appareil auditif car il ne s’agissait que d’un amplificateur de sons (sans intelligence artificiel, sans régénération cellulaire) et pour cause : ça faisait cher l’amplificateur de sons ! Cette tarification a contribué a un rejet massif de l’appareillage auditif des presbyacousiques dans le monde. En France, 3 presbyacousiques sur 4 ne sont pas appareillés. Lorsque les personnes ont choisi de « sauter le pas » et de s’appareiller, les prix hauts ont contribué a renforcer leur insatisfaction : lorsqu’on paie un produit et un service aussi cher et que l’on ignore que ces derniers ne nous rendront jamais une audition parfaite, on est déçus, car le résultat n’est pas à la hauteur de ce que attendions. L’insatisfaction, fondée sur une déception profonde de l’utilisateur, n’est pas tant due au produit même qu’à la stratégie des audioprothésistes de ne pas être transparents avec leurs clients. Mais nous pouvons aussi ajouter que les individus sont libres de se renseigner un peu plus, dans un monde où l’accès à l’information est totalement démocratisé grâce à Internet.

  • Au juste prix, le produit n’est pas assez cher pour être considéré comme qualitatif

Sont alors arrivées sur le marché de nouvelles sociétés proposant des appareils auditifs préréglés qualitatifs, disposant de la norme CE et vendus autour de 300€ (étude comparative de ces appareils ici). Immédiatement perçus comme une menace par les audioprothésistes, qui perdaient là leur monopole, ces appareils ont reçu des critiques acerbes et infondées (on s’en amusait dans cet article) de leur part, visant à continuer de désinformer les gens afin que ces derniers ne puissent se rendre compte que les deux produits sont des amplificateurs de sons, dans 80% des cas confectionnés chez le même fabricant avec la même technologie embarquée. Pour les consommateurs, peu soucieux d’aller vérifier ces désinformations perpétuelles, une chose est apparue clairement : avec un zéro de moins à la vente que les appareils auditifs traditionnels, ces solutions auditives pré-réglées ne pouvaient pas être de qualité. En d’autres termes, les consommateurs se sont, avant même d’acheter l’appareil, donnés le droit d’en être déçus (schéma opposé au précédent). Et, n’en attendant rien, ont été – dans leur grande majorité – agréablement surpris de constater la qualité de ces appareils.

  • Les nouveaux entrants chinois à 20€ crédibilisent l’offre à 300€

Pourtant, ce n’est pas tant la qualité des appareils auditifs préréglés ni leur preuve marché et la satisfaction clairement affichée de leurs clients qui ont permis aux entreprises les commercialisant de gagner leur crédibilité et leur légitimité sur ce marché mais plutôt l’arrivée massive de nouveaux entrants chinois proposant des produits « similaires » à 20€ par oreille (on recommande la prudence à ce sujet, nous connaissons tous l’histoire de la couverture chauffante moins chère, qui prend feu ou explose, parce que la pièce tempérant la chaleur a été shuntée au montage). Entre sites de phishing surfant sur la naïveté des internautes pour leur extorquer leurs informations bancaires ou achat de véritable « camelote » dangereuse, le choix est large. Mais la visibilité massive de ces offres, sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherches, a crédibilisé conséquemment l’offre à 300€.

Étrange, non ?

Comme s’il fallait rappeler aux consommateurs ce qu’est un véritable produit bon marché, dangereux ou inutile pour qu’il se souvienne que 300€, tout de même, c’est un budget. Ce que cela souligne ? Un véritable manque de connaissance des consommateurs quant aux caractéristiques techniques à regarder lorsqu’on souhaite s’appareiller, ce qui fait d’eux des proies faciles.

Ce qu’il est bon de retenir c’est que la qualité et la sécurité ont un prix. Que ce n’est parce que le prix est le plus haut que la satisfaction est là, mais qu’il y a un juste milieu et qu’être mécontent d’un appareil acheté 20€ n’a rien d’étonnant. Le prix, variable psychologique fondamentale dans un monde de marketeurs, doit être nuancé : c’est au consommateur, qui dispose de toutes les informations grâce à internet, de se renseigner intelligemment. S’il ne le fait pas et qu’il met sa confiance aveugle dans les mains d’un vendeur dont le seul objectif est d’écouler ses produits au meilleur prix, on se retrouve dans la situation actuelle : un marché où l’apparition d’appareils à 300€ ne sont initialement pas perçus comme qualitatif mais décrédibilisent pourtant l’offre et le monopole des audioprothésistes alors que l’apparition d’appareils à 20€ crédibilisent les appareils à 300€. Devant une telle évolution, nous conseillons aux consommateurs d’apprendre à regarder les caractéristiques techniques des prothèses auditives afin de se faire une idée claire et précise sur le sujet (et vous constaterez d’ailleurs que les informations techniques sont souvent non communiquées, excepté pour quelques marques sérieuses dont nous parlions ici).

presbyacousie et déni, la perte auditive dans le regard de l'autre

 

Autre motif de déception : l’amplification de l’appareil auditif

C’est une déception qui est, à mon sens, à mettre en relation avec la méconnaissance des individus sur la perte auditive et la croyance qu’un appareil auditif pourra rétablir une audition normale. Ce qui, bien sûr, complètement faux. Et impossible : aucun appareil auditif à ce jour n’intègre une intelligence artificielle, qui serait capable de distinguer le bruit ponctuel des voix et, dans ces voix, celles que vous souhaitez entendre de celles que vous n’écoutez pas. Un appareil auditif amplifie les sons ponctuels de la vie et réduit les brouhahas continus, qui sont analysés comme une nuisance sonore et réduits d’un nombre donné de décibels. De la même façon, l’appareillage auditif ne fait pas, non plus, repousser les cellules ciliées mais permet simplement de compenser la perte auditive occasionnée par la destruction de ces cellules.

Il n’est donc pas rare d’entendre des individus s’étonner de la restitution métallique des sons, d’une résonnance, du bruit / vrombissement du silence. Certains se plaignent de maux de tête, de tout réentendre trop fort. D’être dérangé par les bruits du vent, les sifflements, l’énergie des lampes lorsqu’ils marchent à côté d’une ampoule. Ou d’un son désagréable d’assiettes qui s’entrechoquent, de doigts qui claquent. De ne pas retrouver la voix de leurs proches ou de trop entendre la leur. Pour ces personnes, il est nécessaire de prendre le temps de s’adapter progressivement à l’appareillage auditif, en le portant d’abord 1 à 2 heures par jour dans des endroits calmes ; puis en augmentant progressivement le temps de port et en modifiant l’environnement sonore. Cette adaptation progressive permet au système nerveux de se familiariser à l’appareil auditif dont l’amplification sera alors perçue de manière plus agréable par l’utilisateur.

Nous l’évoquions ici : pour se rapprocher le plus possible d’une audition naturelle, il est impératif de privilégier l’appareil auditif intra auriculaire au contour d’oreille. L’appareil intra conduit est, effectivement, bien mieux apprécié et toléré par les utilisateurs d’appareil auditif, pour la simple et bonne raison qu’il fait usage de l’oreille, sonotone naturel.

 

——

[1] On note, au passage, l’importance du pavillon de l’oreille dans la perception des sons. Un tel constat souligne le non-sens de proposer des appareils auditifs de type contour d’oreille qui, par définition, contourne le pavillon de l’oreille.

 

 

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